Vivre du safran ?



Depuis la renaissance de cette culture en France, un certain nombre de personnes, en lien ou non avec le monde agricole, se sont lancées dans « l'aventure safran ».

On estime actuellement le nombre de producteurs en France à 157 (mais ils sont vraisemblablement 3 fois plus nombreux). La production française annuelle se chiffrerait quant à elle à environ 20/25 kilos par an.

Source : http://www.franceagrimer.fr/content/download/21314/174562/file/2.2%20-%20Safran.pdf )

 

Le prix de vente de l'épice telle qu 'elle est mentionnée dans les articles de presse donne vite des velléités de production : 30 000 € le kilo. Une source de revenus corrects pour qui prendrait la décision d'en faire son gagne-pain. Encore faut-il produire un kilo de safran et l'affaire est loin d'être aisée mais nous ne nous attarderons pas ici sur les questions d'ordre technique (main d'oeuvre etc...)

 

Fermez les yeux : vous venez de produire votre kilo de safran.

Et maintenant, il faut le vendre.

Vous pouvez rouvrir les yeux... Le casse-tête commence.

Car qu'en est-il dans la réalité concernant la vente de cette épice ?

 

Devenir safranier c'est aussi devenir commercial, ne l'oublions pas. Il va vous falloir trouver une multitude de petites niches : vente au particuliers, restauration, grossistes, produits transformés etc...

Et pour écouler un kilo, le chemin est long et fastidieux.

 

Tout d'abord parce que principalement, cette épice n'est pas ancrée dans les habitudes du consommateur lambda. La pédagogie s'avère donc indispensable et prend du temps. Elle s'adresse de plus à un public éduqué et/ou curieux qui, de surcroît, doit être doté d'un pouvoir d'achat conséquent. L'amateur de safran est une perle rare...

 

Ensuite, si on considère la seule niche « restauration », qui offre de réels potentiels, elle ne permet pour l'instant d'écouler que de petites quantités, quelques grammes. Et n'oubliez pas, vous en avez 1 000 à vendre ! De plus un restaurateur n'achètera jamais son safran à 30 € le gramme. Réflexion similaires pour les grossistes. On touche ici à la question du prix de vente du safran français et de sa mise en concurrence avec les safrans étrangers de qualité comparable.

 

En apparté, on peut d'ailleurs se demander si, devant la multiplication des producteurs, le cours de l'épice va resté aussi haut ou bien si certains ne seront pas tentés un jour de casser les prix pour avoir la certitude de vendre (ce qui se produit déjà dans une certaine mesure lorsqu'on constate les prix pratiqués dans certaines régions).

 

Et enfin se pose la question de savoir si ce système ne fonctionne pas tout simplement en s'auto-alimentant... Les producteurs-formateurs ont en effet tout à gagner à la promotion de l'épice en termes de ventes de stages et de bulbes. Mais devant la difficulté de certains producteurs à écouler l'épice, est-ce réellement honnête de ne pas dissuader quelqu'un de se lancer dans la plantation de 50 ou 70 000 bulbes ?

 

On pourra rétorquer « pédagogie-excellence-patience-pugnacité »...

 

Compte tenu de la jeunesse de la plupart des installations (2, 3 ou 4 ans), bien malin(e)s sont celles et ceux qui pourraient balayer d'un revers de main toutes ces incertitudes. Seul l'avenir pourra dire si cette production s'avérera viable et pérenne ou si elle n'aura été qu'un miroir au alouettes, une « tendance » que le vent emportera… En attendant si l'aventure vous tente, un conseil en toute amitié : mieux vaut commencer petit.

 

Etrange sensation lorsqu'on parle safran : la cohabitation de la « foi du charbonnier » et de la prudence la plus circonspecte. A croire que cela n'est finalement pas si incompatible.

 

 

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